L’option théâtre du LLB découvre la pièce Niama de Shenaz Patel.

 

Le 30 Janvier 2020, les troupes de théâtre de 2nde, 1ère et Terminale ont eu le privilège d’assister à la toute première de la pièce « Niama », écrite par Shenaz Patel. Après un succès remarquable à l’Ile de la Réunion, la pièce s’est produite pour la première fois à Maurice au Caudan Arts Center de Port-Louis.

Cette pièce compte l’histoire, riche en émotions, de Niama, une princesse du Sénégal âgée de 9 ans qui se retrouve en terre étrangère, à Maurice où elle devient esclave contre son gré. En 1775, après de nombreuses années, vivant maintenant avec son maître avec qui elle eut deux enfants, elle sera l’une des toutes premières femmes affranchies à l’Ile de la Réunion. Une finalité pour une longue période de souffrances, mais surtout d’humiliation. Elle accompagnera le destin exceptionnel de son fils, Lislet-Geoffroy, grand scientifique et premier « homme de couleur » à être élu à l’Académie des Sciences de Paris, symbole de la lutte pour l’abolition de l’esclavage et pour les droits de l’Homme.

Cette représentation théâtrale est le fruit de nombreuses années de recherches, retracée parfaitement dans le dossier de présentation de l’œuvre :

« Recherches aux Archives Départementales de la Réunion

Grâce à la bourse de création octroyée par le Conseil départemental dans le cadre du 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à la Réunion, la première partie du projet de Shenaz Patel a consisté, en résidence aux Archives départementales de la Réunion, à mener une recherche documentaire approfondie.

S’il subsiste des zones d’ombre sur l’histoire réelle de Niama, cette recherche a permis de retracer un certain nombre de faits et de documents, dont certains portent une importante charge autant historique qu’émotionnelle. Parmi ces documents, l’original de l’acte d’affranchissement de Niama, pièce par laquelle elle a pu, le 23 août 1755, se dire qu’elle n’était plus esclave. Ou encore le document notarial par lequel elle demande aux autorités, le 2 avril 1757, la concession d’un terrain à l’Islet Bassin Plat. Document qu’elle a signé de son nom (repris sur l’affiche du spectacle).

De cette recherche documentaire a découlé l’écriture d’un texte littéraire. Sachant que la voie littéraire est celle, par excellence, qui peut permettre de donner une voix là où les traces écrites sont par trop déficitaires, comme souvent dans l’histoire de nos îles, en général, écrite par les puissants.

Ce texte a fait l’objet d’une adaptation théâtrale, sous le titre « Niama (Princesse-Esclavée-Libre) ».

Une première restitution de ce travail en résidence entamé en novembre 2018 a été présentée les 29 et 31 mai 2019 aux Archives Départementales à Saint-Denis, mettant en scène Léone Louis de la compagnie Baba Sifon et le jeune comédien Laurent Atchama. Une dizaine d’autres représentations ont suivi, et d’autres sont prévues dans diverses régions de l’Ile de la Réunion en 2020.

 Cette pièce est aussi sous-tendue par la question de savoir quel intérêt il peut y avoir, pour des jeunes d’aujourd’hui, de s’intéresser à notre histoire. Dans cette optique, plusieurs représentations sont prévues dans des établissements scolaires, et un dossier pédagogique consistant a été élaboré. »

 

Cette pièce ne se veut pas qu’un condensé d’histoire mais un trait d’union avec le présent, comme un témoin que l’on transmettrait lors d’une course de relais. Comme le dit si bien Shenaz Patel : « L’histoire n’est pas un corps mort, mais un objet qui coule ». Grâce à cette pièce, nous autres, jeunes lycéens, avons pu mieux comprendre cette période que nous ne connaissions que des livres. Cependant, c’était également un moyen d’accepter notre passé, ce qui s’est réellement passé et de lui faire face.

Niama s’inscrit dans une démarche qui vise à valoriser les « super-héros » de notre région, très souvent méconnus voire oubliés. La pièce fut également un moyen de rendre hommage à cette pionnière de droits humains et de la femme à Maurice. « Niama » nous fit découvrir cette esclave sous deux facettes : l’une des manières « racontées » avec ses descendants qui parlaient d’elle, puis Niama elle-même qui nous faisait part de ses mésaventures et de sa vie puis de manière chantée, où la chanteuse locale Virginie Gaspard interprétait un morceau écrit par Michel Ducasse et composé par Daniel Riesser, intitulée Mon zarlor tout spécialement pour la pièce, racontant la vie de Niama.

Ce qui est admirable également de la part de cette pièce, est qu’elle met en valeur bon nombre d’artistes et de facettes de l’art : le théâtre principalement, ou de nombreux acteurs, comme Léone Louis une Parolèz réunionnaise de talent, des acteurs-danseurs comme Laurent Atchama mais également les élèves de l’option théâtre du LLB, faisant partie de la troupe de St Malo 2020 ont eu la chance de faire partie de la pièce et de montrer leur talent. Mais aussi des musiciens comme l’incroyable Virginie Gaspard et le talentueux guitariste qui l’accompagne dans sa chanson de fin. L’ingéniosité de l’art était également rappelée au niveau des costumes comme avec la superbe idée de la « robe/cape » qui permettait à la fois de distinguer le personnage de Niama de la narratrice (les deux rôles étant jouées par la même actrice mais également rappeler cette idée d’héroïne qu’incarne la princesse.

Aussi riche en culture, que d’émotions, la pièce de Shenaz Patel éveille de nombreux sentiments, comme la colère, la tristesse, la joie et surtout la peur. Ce fut également une expérience voir une toute première pour de nombreux élèves qui eurent la chance d’assister à cette pièce dans un théâtre tel que celui du Caudan.

Voici les impressions de certains élèves :

« J’ai trouvé cette pièce poignante tant au niveau historique que psychique. Le texte, très bien travaillé, comportait des jeux de sonorités intéressants et une symbolique puissante, à la fois émouvante et dévastatrice, qui accuse l’ambiguïté insupportable, la complexité de l’esclavage » – Kaveesh Naggea élève en 1ère G4.

« J’ai trouvé que c’était une réinterprétation de l’Histoire très intelligente. Le travail d’écriture était incroyable. Les acteurs avaient une très belle diction et la chanson écrite en 3 langues était très belle tout en témoignant de l’internationalité de Lislet-Geoffroy » – Alexia Sauvage, élève en Terminale L.

Nous tenions chaleureusement à remercier Shenaz Patel, mais également Mme Seetohul, Mme Sevetian et M. Achille pour avoir organisé cette sortie et nous donner la chance d’assister à un tel chef-d’œuvre riche en connaissances, en valeurs humaines et surtout d’émotions très fortes.

Texte : Yashodaren Sawmynaden, 1° G4 et reporter du LLB

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